Rio Gallegos, Argentina, 13746 km
Mardi 5 février 2013, El Calafate
Les marins et les planchistes attendent le vent, les motards attendent que le vent cesse: en Patagonie, l’attente peut être longue.
Windguru nous tient au courant de tous les détails, la force et le sens du vent, et c’est peu encourageant: des rafales jusqu’à 120 km/h dans les jours à venir, impossible de trouver un créneau pour descendre jusqu’à Ushuaia et remonter ensuite. Le risque mineur est de rester coincés plusieurs jours dans une petite ville sans rien à faire. Le plus gros risque est la chute à vive allure, et zut! après tous ces kilomètres, on n’a pas envie de tenter le diable.
Mercredi 6 février, El Calafate
Rien de mieux aujourd’hui, au contraire, alors que la neige nous attend aux Orres et que toutes les pistes sont ouvertes, même l’Horrible.
Nous prenons conscience du ridicule de la situation: attendre dans une chambre d’hôtel que le vent soit plus clément, tout cela pour aller jusqu’à Ushuaia prendre, sous la pluie probablement (quand il n’y a pas de vent, il pleut) une photo du panneau du bout du monde.
Nous arpentons El Calafate en long et en large, nous avons testé tous les « cordero patagonico » de la ville, goûté tous les parfums du glacier local, essayé toutes les bières artisanales de la région et toutes les chocolateries de la ville, il est temps de partir.
Jeudi 7 février, Rio Gallegos, 308 km
Plus que 600 km pour Ushuaia, après plus de 13 000 km, cela semble ridicule, et pourtant nous n’irons pas à la ville du bout du monde.
Nous sommes très déçus, bien sûr, et la décision a été dure à prendre, mais elle est prise.
A l’affût de toutes les expériences, nous avons discuté avec ceux qui en reviennent: des chutes, des sorties de route intempestives et parfois dangereuses, beaucoup de frayeurs, des attentes interminables pour traverser le détroit de Magellan en ferry, qui lui aussi attend que le vent se calme, des journées entières perdues, des étapes improvisées dans des endroits impossibles d’où l’on n’ose plus sortir, tout cela ne fait que confirmer nos craintes et nous renforcer dans le bien fondé de notre choix.
Comme dit mon vieil ami Sergio: un bon motard est un motard en vie.
Passée la frustration de ne pas aller tout au bout, nous reprenons la route vers des contrées moins hostiles, c’est a dire moins ventées.
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